« Le mieux est l’ennemi du bien. »
Voltaire
Il est 23 h, ta présentation de demain est prête depuis 18 h, et tu es encore en train de changer la couleur d’un titre et de déplacer une image de deux millimètres. À 18 h, tout le monde l’aurait trouvée très bien. Toi, tu ne pouvais pas l’envoyer comme ça.
Vu de l’extérieur, le perfectionnisme ressemble à du sérieux. On voit quelqu’un de fiable, sur qui on peut compter, et personne ne devine la vigilance permanente qu’il y a derrière. Je voudrais te raconter aujourd’hui ce que j’en vois dans mon cabinet, parce qu’il coûte beaucoup plus cher qu’on ne l’imagine, à soi comme à ceux qui nous entourent.
Les signes du perfectionnisme au quotidien
Le perfectionnisme se glisse dans des tas de petits gestes qui paraissent anodins. Tu relis ton mail trois fois avant de l’envoyer, puis encore une fois quand il est parti, pour vérifier. Tu repasses derrière ton conjoint pour réorganiser le lave-vaisselle qu’il a rempli « n’importe comment ». Quand tu reçois, tu t’excuses toute la soirée pour un plat un peu trop cuit, et quand on te fait un compliment, tu réponds que ce n’était rien.
Au travail, tu gardes les dossiers importants pour toi, parce que « le temps d’expliquer, je l’aurai fait », et tu finis tard, seule, avec la satisfaction un peu amère d’avoir tout porté. Le soir, au lieu de regarder ce qui a été fait dans la journée, ta tête dresse la liste de ce qui reste, ou de ce qui aurait pu être mieux.
Ce que le perfectionnisme te coûte
Une fatigue de fond qu’une bonne nuit ne répare pas
Le premier prix, c’est une fatigue de fond, qu’une bonne nuit ne répare pas, parce qu’elle vient de cette surveillance de chaque instant sur tout ce que tu fais.
La joie qui passe à côté
Il y a aussi la joie qui passe à côté. Une réussite arrive, et avant même de la savourer, tu es déjà sur la suivante, ou sur le petit détail qui cloche. En séance, j’entends souvent cette phrase : « Je ne sais pas être contente de moi. »
La colère qu’on ravale
Et puis il y a tout ce qu’on ravale. Quand tu t’imposes d’être irréprochable, tu t’interdis aussi de dire que c’est trop, de montrer que tu es fatiguée, de te plaindre. La colère ne disparaît pas pour autant. Elle s’accumule en silence, devient une irritation sourde, et finit parfois par sortir sur quelqu’un qui n’y est pour rien.
Les conséquences du perfectionnisme sur ton entourage
En couple et au travail : les autres ne proposent plus rien
C’est la partie dont on parle le moins. Quand tu repasses derrière les autres, ils finissent par ne plus rien proposer. Le conjoint laisse tomber le lave-vaisselle, la collègue ne prend plus d’initiative, et tu te retrouves à tout porter, en te sentant au fond terriblement seule.
En équipe : une manager perfectionniste rend tout le monde prudent
Dans une équipe, une manager perfectionniste rend souvent tout le monde prudent. On n’ose plus montrer un travail en cours, on attend qu’il soit impeccable, et les idées neuves se perdent en route.
Avec les enfants : apprendre que l’amour se gagne
Les enfants, eux, sentent très bien quand leur dessin ou leur devoir est regardé avec l’œil qui cherche ce qui ne va pas. Sans que personne le leur dise, ils apprennent que l’amour se gagne en étant parfait, et l’histoire recommence.
D’où vient le perfectionnisme : le contrat de la petite fille « sage »
Une décision d’enfant pour se sentir en sécurité
Quand on remonte le fil ensemble, on retrouve presque toujours une petite fille qui a pris une décision pour survivre. Les mots changent d’une personne à l’autre, mais le fond se ressemble : « je dois mériter ma place », ou « je deviens irréprochable, comme ça on ne pourra rien me reprocher ». Parfois, il y avait un père très attentif aux résultats. Parfois, une maison où les disputes étaient si fortes que l’enfant a décidé de ne jamais faire de vagues et de ne jamais échouer.
Cette petite fille « sage » a fait de son mieux avec ce qu’elle comprenait à l’époque. Elle a simplement signé un contrat : si je suis parfaite, je serai aimée et en sécurité. Des années plus tard, la femme continue de le respecter, alors que plus personne ne le lui demande.
Se libérer du perfectionnisme : accepter sa nature imparfaite
Plus tu veux être parfaite, plus tu te sens imparfaite
Les traditions anciennes disent que la vie est faite de jour et de nuit, et que vouloir n’être que lumière fait grandir l’ombre. Le perfectionnisme en est la preuve vivante : plus tu veux être parfaite, plus tu te sens imparfaite, et plus tu cherches à tout contrôler, moins tu te sens en sécurité. Le contrôle ne sécurise pas. Ce qui sécurise vraiment, c’est la confiance que tu as en toi.
Le kintsugi : la fêlure devient la plus belle partie
Au Japon, on répare les bols cassés avec de l’or, et la fêlure devient la plus belle partie de l’objet, celle qui raconte son histoire. Dans les projets de vie que je construis avec mes clientes, il y a une phrase qui revient souvent, et que je te propose de garder près de toi : « J’accepte ma nature imparfaite, mes limites, mes fragilités, parce que c’est la réalité de ma condition humaine. »
L’amour ne se mérite pas, et ta place non plus. Elles t’ont été données dès le départ, et tu n’as rien à payer pour les garder.
« Je suis imparfaite, et précieuse pour l’univers. »
Exercice : un petit jeûne de perfectionnisme pendant une semaine
Pendant une semaine, choisis chaque jour un détail que tu laisses tel quel : le mail envoyé sans la dernière relecture, ou le lave-vaisselle rangé à la façon de l’autre. Le soir, prends deux minutes pour noter ce que ça t’a fait, et ce que ça a changé autour de toi.
Si tu veux aller un peu plus loin, entraîne-toi aussi, en réunion ou à table, à dire « voilà ce que je pense », sans t’excuser avant.
Besoin d’en parler ? Le RDV Clarté
Si tu sens que cette exigence te fatigue plus qu’elle ne te porte, j’aimerais en parler avec toi. Je t’offre un RDV Clarté pour regarder ensemble d’où elle vient et comment l’apaiser.
Si cette exigence te fait aussi douter de ta légitimité, lis Syndrome de l’imposteur : pourquoi la confiance en soi ne suffit pas.
Ce soir, regarde une chose que tu as faite aujourd’hui « juste assez bien », et laisse-la être suffisante.


